Renaître de ses cendres avec Rectify |

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Ceux qui me suivent sur Twitter et qui m’ont vu m’enflammer sur mon compte ces derniers jours après ma découverte de Rectify l’auront surement vu venir cet article… Je me devais de rédiger un papier sur ce petit bijou qui m’a touchée comme aucune autre série n’avait su le faire par le passé. Elle seule peut se vanter de m’avoir tirée des larmes dès le pilot, et ce n’est pas rien si l’on y réfléchit bien. L’exercice n’est pas si simple et pourtant il ne m’aura fallu que 10 minutes avant d’avoir a dégainer les mouchoirs. Bon – que les moqueurs se calment – j’ai une excuse parce que je vous jure que l’histoire s’y prête.

La série s’ouvre sur la libération de Daniel Holden, un homme qui a été incarcéré pendant 19 ans dans le couloir de la mort pour le viol et le meurtre de sa petite copine. Suite à la découverte de nouvelles preuves ADN jetant le doute sur sa culpabilité, son exécution est remise en question et le droit d’être remis en liberté dans l’attente d’un nouveau procès lui est accordé. Loin de ce que l’on pourrait imaginer sur le sujet, Rectify n’est pas un thriller mais plutôt le récit d’une renaissance pas si aisée mais ô combien touchante dont vous trouverez la bande-annonce ci-dessous.

Si l’on met très vite aux oubliettes l’envie de répondre à la question « Daniel est-il coupable ou non?  » on ne reste pas sur sa faim car une multitude d’autres interrogations s’entrechoquent dès le premier épisode. Comment se réapproprie-t-on sa vie lorsqu’on s’était résolu à sa mort? Comment se confronter au mondequand on a vécu presque vingt ans 23heures sur 24 seul, enfermé dans une cellule? Comment retrouve-t-on ses repères, ses sens et sa place quand on nous en a privé pendant des années? Si la série ne prétend pas apporter des réponses, elle a le mérite cependant de sensibiliser le téléspectateur sur le sujet et d’aborder le thème qu’est la peine de mort sous un angle innovateur pour le coup.

Moi qui me suis très souvent éprise pour des séries aux intrigues prononcées et aux rebondissements récurrents – au point d’en avoir même fait un critère de sélection – je me suis surprise à aimer cette première saison au rythme pourtant très lent. Il n’y a pas de réelle action, ce qui aurait du être un frein, et pourtant les qualités d’écritures m’ont chamboulées. Je n’ai jamais ressenti de l’impatience, de la frustration ou de l’ennui car le tout était réellement saisissant. La tension dramatique est palpable, le cœur est serré et le plaisir est autant visuel qu’intellectuel. Rares sont les séries qui ont fait plus que me distraire et Rectify s’inscrit vraiment dans cette élite car elle m’a enrichit et happée.

Avant tout, par le jeu des acteurs et cette palette aussi large que diverse de personnages tous aussi complexes et fascinants les uns que les autres. Il y a les habitants de cette petite ville du Sud de l’Amérique, toujours vide mais où l’on est pourtant toujours observés et jugés. Ceux qui ne font aucun cadeaux à Daniel et qui n’en cesseront jamais de le considérer et de le regarder comme un criminel. Puis sa famille recomposée – son père étant mort pendant son incarcération – qui l’accueille à bras ouverts mais chacun à sa façon. Une mère aimante, inquiète et pourtant étrangement distante, un beau-père bienveillant mais qui ne s’impose pas, une grande sœur dévouée, battante et protectrice, deux demi frères : un persuadé de la culpabilité de son frère et qui a peur se voir perdre l’entreprise familiale qu’on lui avait promis  et un autre plus jeune juste excité et enjoué à l’idée de retrouver son frère. Et enfin par le biais de flashbacks très pertinents on découvre aussi les amis – ou non – qu’avait Daniel en prison et qui ont constitué son seul rapport humain et social durant presque 20 ans.

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J’ai à titre personnel, un petit trio de tête qui m’a juste intensément touchée et dont je suis éperdument fan. Je pense bien sur à Aden Young qui incarne de façon magistrale le personnage principal de Daniel Holden. Je n’ai pas de mots pour décrire ce que son jeu m’a fait ressentir mais j’étais littéralement suspendue à ses moindres faits et gestes. Il tient à la perfection le rôle de cet homme intrigant, déconnecté du monde, terrifié et parfois terrifiant, aux répliques si peu abondantes mais efficacement poignantes. Capable du meilleur comme du pireil nous embarque avec subtilité et sensibilité dans cette re-découverte du monde qu’on ne sait plus apprécier nous au quotidien. T’as juste envie de chialer avec le mec quand il redécouvre ses jouets d’enfance, quand il regarde un coucher de soleil, quand il s’allonge dans l’herbe ou autres…

Envoûtante et attendrissante, le personnage de la sœur de Daniel  Amantha Holden interprêté par Abigail Spencer est juste subliment joué. Cette femme forte, dévouée à un frère qu’elle a toujours défendue sans failles et sans doutes force l’admiration. Elle seule se démarque par sa franchise, son parler sans demi mesures et son humour tranchant. Et s’il y a bien un autre portrait de femme intense dans la série c’est bien celui de sa belle-sœur – l’épouse de son demi frère aîné Ted – Tawney Talbot jouée par Adelaide Clemens que certains auront déjà aperçue dans des films comme Gatsby le Magnifique, Silent Hill, Xmen… Tawney est l’incarnation même de la pureté et sa relation avec Daniel est prenante. Timidement, elle l’apprivoise et aide cet homme perdu à retrouver foi en une humanité qui l’a trahie il y a bien longtemps. Elle ravive ses croyances – là où on ne l’attend pas parfois – et des sentiments bien particuliers.

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Rectify est aussi une mine d’or en terme d’esthétique, certaines scènes sont d’une beauté incomparable. Je pense tout particulièrement à celle du lever de soleil dans le premier épisode qui m’a juste coupé le souffle. Les lumières sont divines. La série excelle lorsqu’il s’agit de sublimer les choses, même les plus simples, sans avoir à les complexifier ou les modifier. Mais c’est principalement en terme de bande sons que je suis restée émerveillée car la qualité en ce qui concerne le choix des musiques utilisées est indéniable. L’image et la musique omniprésente sont exploitées intensément et servent de support à l’émotion. J’ai retrouvé des morceaux que je chéris comme Flume de Bon IverWe are fine de Sharon Van EttenThe Silver Lining de Gold Leaves et bien d’autres… Auxquels se sont rajoutés  de vraies petites merveilles que j’ai pu découvrir comme Bowspirit de Balmorhea ou Beekeeper de Keaton Henson. En somme c’est une véritable caverne d’Alibaba pour ceux qui aime les musiques douces et harmonieuses. Si jamais vous regardez cette série et que comme moi vous tombez amoureux des chansons mises en avant au fil des épisodes, sachez que vous pourrez toutes les retrouver sur ce site répertoriées par épisodes et saisons.

Rectify regorge de scènes ineffables, tendres mais aussi revêches et émouvantes. La série sait captiver même si elle avance en douceur. Tout est subtil, sans superflu, simple et grandiose à la fois. Elle arrive à la cheville de grands classiques comme Six Feet Under ou The Wire. Et si après tout ça, l’envie d’y jeter ne serait-ce qu’un oeil n’est pas présente alors de deux choses l’une : je ne peux plus rien pour vous et vous ne savez pas ce que vous perdez.

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