Alabama Monroe |

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C’était à taton que je lançais le film de Felix Van Groeningen dont je découvrais l’univers pour la première fois. Assez perplexe, tiraillée par la crainte de me confronter à un énième film mélodramatique pour les pleureuses du dimanche. Mais il aura fallu dix minutes à la mauvaise langue que je suis pour changer d’avis et me retrouver littéralement happée par ce petit bijou dont je ne saurai désormais me lasser et qui est rentré dans le top 3 de mes films préférés.

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Le topo, Didier le musicien bluegrass ci-dessus – qui ne laissera aucune fille normalement constituée indifférente avec sa barbe et son banjo – et Elise la tatoueuse ci-dessous – dont la scène du bikini convaincra tous les hommes qui se retrouveront devant – tombent amoureux. De cette union naîtra la jolie Maybelle que la maladie emportera très jeune. Reste alors deux parents déchirés qui ne savent plus comment s’aimer, se soutenir, comment survivre quand leurs visions de l’amour et de la mort les opposent et les séparent encore plus. C’est avec beaucoup de pudeur et de tendresse qu’est traité ce sujet si douloureux et profond. Loin des clichés et des automatismes auxquels on pourrait s’attendre, la poésie qui émane de cette oeuvre touche et cette musique – dont on nous fait l’éloge – donne le souffle et la légèreté nécessaire face à une vie bien souvent trop rude.

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Les acteurs – Johan HeldenBergh – qui joue le rôle de Didier et – Veerle Baetens – qui incarne le rôle d’Elise ne peuvent laisser indifférents tant leurs charismes et leurs présences transpercent l’écran. On s’attache à ces personnages et on finit par pleurer avec eux. Même la petite Maybelle dont les scènes sont peu nombreuses mais au combien débordantes de qualité, vous fait chavirer. Ce trio d’acteurs se veut plus qu’efficace.

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Au niveau de la structure du film, on est confronté encore à une authenticité aussi déroutante que plaisante. En effet, le réalisateur a choisi de ne pas agencer son film de manière linéaire et d’une façon à suivre la chronologie. Et c’est un choix très intelligent qui à mon sens casse cette force dramatique qu’a la trame de l’histoire. Vous ne suivez pas un rythme croissant allant de plus en plus vers le tragique et le larmoyant, mais vous valsez entre les moments heureux et les moments plus tristes de la vie. C’est un véritable ascenseur émotionnel qui même si vous pensez connaître la fin du film, fait que de toute façon vous ne pouvez à aucun moment anticiper quelle sera la scène suivante… Et dieu sait que c’est agréable quand on regarde un film.

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La mélomane exigeante et difficile à convaincre que je suis n’a pas résisté une seule seconde face à la bande son de ce film qui ferait aimer le country – et surtout le bluegrass – au plus réfractaire d’entre nous. J’avoue sans honte que l’album a tourné dans ma chambre pendant des mois, et que je me suis retrouvée à gratter le banjode manière obsessionnelle pendant des semaines. Les chansons du groupe sont divines et se fondent avec une telle évidence aux scènes que l’écoute en devient naturelle, même si ce n’est pas de votre registre habituel. C’est une association cohérente qu’est celle du bluegrass et du thème traité. Cette beauté écorchée vive, cette caresse de la voix rauque et ce son brut, si imparfait qu’il en devient pur…

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Pour l’esthétisme dont je ne saurai pas vraiment parler de façon technique et pointilleuse, je dirai pourtant qu’il est aussi splendide que le reste. Pour ma part, j’ai adoré tant au niveau des couleurs – notamment pendant les scènes de concerts que j’ai pu trouvé magnifiques – que dans la fluidité. La mise en scène reflète tout ce que j’aime. C’est élégant, pas prétentieux, ça pétille juste assez devant vos yeux pour vous laissez les étoiles dedans. Tout semble en symbiose parfaite, et il y a de fortes chances pour que vous vous retrouviez très con comme moi à la fin de ce film. Sans mots, penauds, sans pouvoir vraiment vous expliquez ce que vous ressentez et ce qui vous arrive là, les tripes sur le sol et le cœur retourné.

J’ai cependant conscience que ça ne peut pas plaire à tout le monde, jusqu’à aujourd’hui les réactions que j’ai pu observer en parlant de ce film basculent soit d’un extrême à un autre. C’est un film clivant, entier, qui tranche et ne laisse pas indifférent. Mais pour moi il y aura toujours un avant et un après Alabama Monroe. Ce n’est pas un film qui se regarde mais un film qui se vit. Ce n’est pas un film tout court d’ailleurs, c’est un chef d’oeuvre.

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